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Tom Jobim
Quand on évoque le Brésil, la musique de Tom Jobim est aussi incontournable que le Christ du mont Corcovado à Rio. Mais ses mélodies sont si puissantes qu'elles résistent au temps et à l'usure habituelle des clichés. Lorsque, dans le cœur, s'insinue une mélodie brésilienne, 9 fois sur 10 il s'agit d'une composition de Tom Jobim, car il a signé quelques-unes des chansons les plus célèbres du Brésil. Mais il a aussi, avec quelques autres, inventé le parfait contrepoint languide de la frénétique samba, la sensuelle Bossa Nova. L'histoire d'Antonio Carlos Brasileiro de Almeida Jobim démarre le 27 janvier 1927 à Rio de Janeiro. Il passe son enfance dans un quartier plutôt bourgeois et encore anonyme, Ipanema. Son père est fonctionnaire des Affaires étrangères et manie les vers à ses heures perdues. En dilettante, le jeune Antonio joue de la guitare et de l'harmonica. Il a 14 ans quand il commence à suivre les cours de piano d’un professeur allemand féru de dodécaphonisme. Il découvre la musique classique et surtout le travail de Claude Debussy. En 1946, Jobim s'inscrit dans une école d'architecture ; mais la musique est plus séduisante que les plans ou les fils à plomb, et l'étudiant leur préfère l'apprentissage de la vie d'artiste dans les piano-bars de Copacabana. En 1952, il travaille pour Continental Records. D'abord engagé comme copiste, il met rapidement ses talents d'auteur, compositeur, arrangeur au service des chanteurs maison. Son premier succès éclate en 1954. C'est "Tereza di praya", écrite avec Billy Blanco et interprétée par Dick Farney and Lúcio Alves. La même année, il rencontre le poète diplomate Vinicius de Moraes pour qui, deux ans plus tard, il met en musique un texte que ce dernier peaufine depuis 1940, "Orfeu da Conceição". Le résultat est d'abord montré sur la scène du théâtre municipal de Rio où le triomphe est immédiat. A la même époque, Jobim est directeur artistique pour Odeon Record et se lie avec le chanteur guitariste Joao Gilberto. La nuit venue, Jobim, de Moraes, Gilberto, Baden Powell et quelques autres, se retrouvent chez des amis. Au fil des verres, des rimes et des notes, un rythme se dessine, un style mélodique prend corps. Ce cocktail de jazz romantique épicé de langueur brésilienne sera baptisé bossa nova. Entre 57 et 58, Tom et Vinicius écrivent beaucoup pour des bandes originales de film ou pour les chanteuses Silvia Telles et Elizete Cardoso. "Eu Não Existo Sem Você", "Desafinado" et "Chega de Saudade" datent de cette époque. D'abord en retrait derrière sa guitare, João Gilberto finit par interpréter ces deux dernières chansons pour les besoins d'un 78 tours, puis sur un premier album en 59. "Orfeu Negro" est devenu un film, réalisé par Albert Camus et, cette année-là, il remporte la palme d'or au festival de Cannes. La musique brésilienne capte l'attention du monde entier. De Moraes et Jobim continuent leur fructueuse collaboration : musiques de films, chansons et compositions pour orchestre. En 1962, le duo regarde les filles passer à la terrasse d'un café d'Ipanema. L'une d'entre elles, sans doute plus jolie que les autres, leur inspire la chanson qui va les faire connaître dans le monde entier "Garota de Ipanema". Le 22 novembre, Jobim présente le "Bossa Nova Show" au Carnegie Hall à New York. A la suite du spectacle, Jobim, João Gilberto et sa femme Astrud restent aux Etats-Unis. Ils rencontrent Stan Getz et enregistrent avec lui, en mars 1963, l'album historique "Getz/Gilberto". "The Girl from Ipanema" allait rester classée dans les charts américains durant 87 semaines, obtenir un Award pour le meilleur enregistrement de l'année, et s'inscrire dans la mémoire collective comme une des chansons les plus célèbres. Durant la seconde moitié des années soixante, Tom Jobim va renforcer sa carrière internationale. Il croise les destins de nombreux arrangeurs de renom tels Nelson Riddle, Claus Ogerman ou Eumir Deodato. Il publie plusieurs albums solos, anime en 1965 un show hebdomadaire sur la chaîne 5 de São Paulo et enregistre deux disques avec le chanteur le plus populaire au monde, Frank Sinatra. En 1968, Tom Jobim et Chico Buarque présentent "Sabiá" au Festival International de la chanson de Rio de Janeiro et remportent le premier prix. Dans les années soixante-dix, Jobim, change de compagne et devient grand-père. Il enregistre avec Joao Bosco, Elis Régina, Sarah Vaughan ou Miucha, la nouvelle femme de João Gilberto, et écrit de nouveaux classiques dont "Aguas de Marco", popularisée en France par Georges Moustaki sous le nom de "Les eaux de mars". Le 10 juillet 1982, le complice de toujours, Vinicius de Moraes, décède. Si, par la suite, Jobim compose de nombreuses musiques de film, collabore avec Gal Costa et Chico Buarque, il travaille surtout en famille. Le Nova Banda qu'il met sur pied en 1984 avec le violoncelliste arrangeur Jaques Morelenbaum et le flûtiste Danilo Caymmit est principalement composé par des membres de leurs trois familles. Ensemble, ils jouent en 85 au Carnegie Hall, au festival de jazz de Montreux et enregistrent quelques disques. En 1994, un concert évènement est organisé au Carnegie Hall en l'honneur de Tom Jobim. Il s'y produit en compagnie d'Herbie Hancock, Path Metheny et Sting. Plus tard, il jouera encore à Paris et à Jérusalem. Mais le cancer le ronge et il décède le 8 décembre à New York. Le Brésil s'émeut, décrète un deuil de trois jours. En 99, Rio donne le nom de Tom Jobim à l'aéroport international Galéao.En l'an 2000 ,Jaques Morelenbaum dirige toujours le Nova Band, du jazz à la jungle, on retrouve des chansons de Tom Jobim dans les répertoires les plus variés. Et si les filles d'Ipanema chavirent encore les cœurs des garçons, leurs déhanchements déclenchent inévitablement le souvenir d'une mélodie éternelle.
Benjamin MiNiMuM
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